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Feldenkraisnow

Mon premier voyage en Allemagne en 1989 était pour assister au programme de formation Feldenkrais à Munich. Un weekend, nous somme sortis en petit groupe pour rendre visite à quelqu'un qui avait suivi la formation précédente à Munich. Parmi nous il y avait un professeur de théologie, le mari d'une étudiante en formation. Il y avait aussi Myriam Pfeffer, un formateur, membre du groupe original d'étudiants qui avaient étudié avec Feldenkrais vers la fin des années soixante. Pendant le voyage de retour, alors que nous marchions vers la gare, le professeur de théologie posa la question : ‘Pensez-vous que Moshe Feldenkrais était un homme sprituel ?’

Cela semblait une question étrange. Le travail Feldenkrais que nous présentions à Munich impliquait des séquences de mouvements dans des leçons de groupe au cours desquels les étudiants essayaient eux-mêmes des mouvements basiques et ensuite par l’exploration de nombreuses variations de mouvement, découvraient de nouveaux schémas de sensation, d’action et de sentiment. Nous appelons ce processus Sensibilisation par le Mouvement (Awareness Through Movement). Le travail à Munich impliquait aussi un travail sur le toucher, Intégration Fonctionnelle, dans lequel une personne guide l’autre. Le toucher est à la fois doux et non invasif, pourtant il suscite chez la personne touchée la découverte de nouveaux schémas similaires. Vu de façon superficielle, le travail que nous faisions était simplement un travail physique avec le corps. Quel rapport y a-t-il entre un tel travail sur le mouvement et la spiritualité ?

Myriam Pfeffer était la première à répondre à la question. Elle a fait remarquer que Feldenkrais avait eu une formation d’ingénieur et de scientifique — il avait étudié la physique nucléaire dans le laboratoire de Joliot-Curie à Paris dans les années 1930 — et qu’il était profondément enraciné dans la tradition rationaliste du judaïsme centré en Lituanie. (Feldenkrais a grandi dans une famille Juive orthodoxe à Baronowitz en Biélorussie.) Elle a poursuivi en disant que même s’il s’était intéressé au développement humain et avait travaillé sur la sensation et le sentiment, qui sont des aspects de notre expérience interne, il était un expérimentateur dans la meilleure de la tradition scientifique. Ses leçons ont été conçues en faisant ses propres explorations du mouvement et en enseignant à d’autres comment trouver des chemins vers une plus grande sensibilité à soi-même et à son environnement. C’est de la science insolite. Néanmoins son approche était expérimentale, rationnelle et non mystique.

Le professeur de théologie s’est tourné vers moi et m’a demandé : « Qu’en pensez-vous ? Vous avez étudié directement avec Feldenkrais aussi. »

J’ai dit : « Myriam a raison dans un sens. A première vue il était non spirituel, même parfois anti-spirituel. Il était en rébellion contre son enfance orthodoxe et a choisi une vision moderne, éclairée. Il cherchait à démystifier ce qu’il faisait dans son travail, pour qu’on puisse le reproduire et l’enseigner.  D’un autre point de vue, cependant, il était implicitement spirituel. 

— Que voulez-vous dire ?  m’a dit le professeur.

— Ce n’était pas dans ce qu’il faisait, mais dans sa manière d’approcher la personne, d’amener sa présence vers la personne avec laquelle il travaillait. C’était aussi dans sa propre attitude intérieure de quiétude et de présence à lui-même. Cela transparaissait particulièrement qunad il travaillait avec les enfants. Il faisait passer quelque chose comme : ‘Je suis ici juste pour être avec toi. Je viens sans juger, sans vouloir te faire quoi que ce soit, sans intention de te guérir ou de te rendre meilleur, sans intention de te faire mal. Avec moi tu es en sécurité.’ 

« Il y a autre chose, j’ai dit. En lui-même il exprimait toujours sincèrement ce qu’il ressentait. Il ne se cachait pas derrière une masque sociale. Par moments il était monstrueux, et parfois égocentrique. Il n’était jamais faux par rapport à son for intérieur.

« Vous savez, j’ai rajouté, Feldenkrais avait aussi des racines dans le hassidisme, une tradition spirituelle-mystique du judaïsme. Un de ses ancêtres du côté de sa mère était tsadiq, un rabbin hautement spirituel, un saint homme. C’était Pinkhas de Koretz qui était un proche du Baal Shem Tov, le fondateur du hassidisme moderne. Il y avait, donc, des sources dans sa vie du côté spirituel. »

Quand j’étais doctorant en chimie vers la fin des années 1950, un de mes amis m’a dit : « Tu devrais lire Martin Buber ! »

Je n’avais jamais entendu parler de cet homme, mais mon ami m’avait fait connaître beaucoup d’auteurs et de penseurs européens qui m’intéressaient. Le livre qu’il m’a suggéré était Ich und Du, qui a été traduit en français sous le titre Je et Tu. C’était un livre difficile, mais je suis entré en résonnance avec lui. C’était aussi d’une certaine façon un livre religieux, mais d’une manière qui m’était étrangère et j’étais attiré par l’idée que l’essentiel était la relation : la relation homme-nature, homme-homme, homme-Dieu. Ce qui m’a impressionné c’était que pour Buber Dieu n’était pas quelque être-objet dans les cieux, ni quelque concept philosophique à démontrer ou à éliminer. Un tel Dieu ne peut pas provoquer la foi. Il fallait trouver sa relation en rompant le sortilège de la séparation d’avec le monde, pour aller vers la présence éternelle.

Piégé comme je l’avais été par la séparation, par la relation scientifique matérialiste au monde et aux autres, cette nouvelle façon de voir avait pour moi un fort attrait. Buber représentait aussi un chemin de retour vers le judaïsme, un chemin dont j’ignorais l’existence. J’ai lu avec avidité d’autres livres, surtout les Récits Hassidiques, et cette lecture a été comme une antidote à la religion déssèchée de la Synagogue Réformée Allemande que j’avais fréquentée comme jeune homme.

Buber a touché un point sensible en moi. Il me semble qu’en rencontrant Moshe Feldenkrais, quelque chose dans sa façon d’être et d’agir m’a touché de la même manière. Feldenkrais refusait la religion, se disait athée, mais agissait par le même sentiment de relation ; il rejetait la relation d’utilisation, de manipulation et d’influence, ce que Buber appelait la relation ‘Je-Cela’, et adoptait une relation de présence. Dans Je et Tu Buber écrit :

Lorsque, placé en face d’un homme qui est mon Tu, je lui dis le mot fondamental Je-Tu, il n’est plus une chose entre les choses, il ne se compose pas de choses.

Il n’est pas Il ou Elle, limité par d’autres Ils ou Elles, un point détaché de l’espace et du temps et fixé dans le réseau de l’univers. Il n’est pas un mode de l’être, perceptible, descriptible, un faisceau lâche de qualités définies. Mais sans voisins et hors de toute connexion, il est le Tu et il remplit l’horizon. Non qu’il n’existe rien en dehors de lui ; mais toutes choses vivent dans sa lumière.

La mélodie ne se compose pas de sons, ni le vers de mots, ni la statue de lignes — car c’est à force de les tirailler et de les déchiqueter qu’on arrive à faire de leur unité une multiplicité ; de même aussi l’homme à qui je dis Tu. Je peux extraire de lui la couleur de ses cheveux ou la couleur de ses propos ou la nuance de sa bonté ; je suis sans cesse obligé de le faire ; mais dès lors il n’est plus le Tu. (p. 26)

Feldenkrais incarnait cette manière d’être en relation, en touchant, en agissant avec ses mains par le contact sensoriel. Il disait : ‘Quand vous partez du niveau sensoriel, vous trouvez un langage qui est communicable et que vous pouvez comprendre sans faire de grandes erreurs — c’est bien meilleur que de parler.’ Ce qu’il voulait dire est qu’à ce niveau-là vous pouvez ressentir une autre personne, et cette personne vous ressent, sans la distorsion des idées et des concepts. La personne se sent compris d’une manière normalement impossible à travers le langage. Feldenkrais parlait aussi par sa relation. Avec un enfant, par exemple, quelle que soit la difficulté et peu importe que l’enfant puisse parler ou pas, il parlait à l’enfant en tant que personne. Lorsque des parents lui amenaient un enfant, il ne parlait pas aux parents au sujet de l’enfant, il portait son regard sur l’enfant, faisait contact ainsi, et demandait : ‘Comment t’appelles-tu ? Quel âge as-tu ?’ Il attendait alors que l’enfant vienne vers lui, sans aller vers l’enfant, avec une ouverture évidente vers l’enfant. Il attirait l’enfant par le plaisir et le jeu. Souvent les enfants riaient ou gloussaient de plaisir et lorsque le ton de leurs rires changeait, ce qui indiquait la fatigue ou que leur temps dans cette activité était achevé, Feldenkrais arrêtait et se tournait vers autre chose. Tout dans une ‘leçon’ évoluait par le dialogue.

Les conséquences semblaient parfois miraculeuses. Alors qu’avec moi les enfants qui avaient, par exemple, des difficultés neurologiques progressaient souvent lentement et douloureusement par des exercices et des corrections, avec Feldenkrais les nouveaux apprentissages semblaient émerger simplement au cours d’une séance d’une heure avec l’enfant.

Dans un célèbre exposé que Feldenkrais a fait pour son deuxième groupe de formation aux Etats Unis, il a parlé de la relation amoureuse de la façon suivante : ‘Quand je t’aime, c’est toi que j’aime : ce n’est pas ta main ou ton esprit — c’est toi que j’aime.’ Ce qu’il visait c’est que lorsqu’on entre dans une relation, comme on le fait en donnant une leçon Feldenkrais, c’est avec une personne, non pas avec son problème d’épaule ou son pied qui fait mal. On traite la personne en donnant de l’importance à sa vie, à sa personne, non pas au problème qu’elle a. Feldenkrais utilisait la métaphore de ‘danser ensemble’.

Je vais vous raconter une histoire dont j’ai été témoin. Pendant nos études avec Feldenkrais à San Francisco en 1979, il a démontré son travail avec plusieurs personnes. Il y avait un homme, John, atteint par une forme de paralysie spasmodique, ce qui faisait que sa main avait des contractions lancinantes pendant ses heures de veille. Au cours de la première démonstration que Feldenkrais a faite avec John, le jeune homme, après une quarantaine de minutes, restait couché tranquillement sans la moindre contraction lancinante. Feldenkrais avait doucement touché, tâté, déplacé John, le faisant travailler du cou, de l’épaule, des côtes, du bassin, du bras, de la main. Il montra que la contraction lancinante n’était pas uniquement localisée dans la main, mais elle se manifestait partout du côté droit, vers le cou et le visage. En amenant John à se rendre compte de ces relations, la main s’est calmée. Plutôt que de traiter John en essayant de guérir ou corriger son trouble, ils ont dansé ensemble. Le fait de danser a donné à John un nouveau sens de lui-même. Au moment où John a quitté la salle, dans le même état calme, beaucoup d’entre nous ont été émus aux larmes par cet événement apparemment miraculeux.

Vers une semaine plus tard, John est revenu pour une autre séance publique. L’événement s’est changé en cirque. Karl Pribam, le neurologue mondialement connu, était là pour observer. Il y avait aussi un journaliste du San Francisco Examiner et un auteur célèbre de Los Angeles. Feldenkrais avait également demandé aux étudiants d’inviter des amis et de la famille. Cela faisait une foule importante.

On a amené John au centre de cette cohue et il s’assit tranquillement, alors que Feldenkrais commençait à expliquer à l’auditoire le miracle qu’il avait fait pendant la première séance. Nous autres étudiants nous commencions à nous sentir embarrassés quand Feldenkrais continuait à parler de ce qu’il avait découvert et comment sa méthode pouvait produire des résultats inégalés. Alors que Feldenkrais parlait et que John attendait, la main, qui avait été calme jusque là, a repris involontairement ses contractions avec un rythme lancinant. Quand Feldenkrais s’est rendu compte de ce qui se passait, il s’est mis à transpirer. Il a demandé à John de se coucher sur la table et il commença à essayer de reproduire le miracle. Il est devenu vite évident que rien n’allait se passer. Feldenkrais leva les yeux vers l’auditoire et il dit : ‘Je me suis mal conduit. J’ai parlé comme si c’était moi la personne importante ici, mais en fait c’est John le plus important.’

Il a remis John sur son séant et il commença à expliquer que la leçon prévue pour ce jour était pour aider John avec sa diction. Sa diction avait été moins touchée plus tôt dans sa vie. Une intervention neurochirurgicale avait été faite en vue d’interrompre le circuit nerveux responsable pour le mouvement lancinant. En fait John est revenu du bloc opératoire avec sa diction encore plus atteinte. C’était une déception terrible pour John, d’où l’importance de la leçon du jour.

A ce moment-là Feldenkrais toucha John sous le menton et John éclata en larmes, des larmes qui semblaient purifier la salle des effets de la ‘mauvaise action’ que Feldenkrais avait faite. Maintenant que la barrière qui bloquait la relation s’était dissipée, nous étions témoins d’un moment merveilleux, alors que Feldenkrais continuait, John a retrouvé sa langue. La relation entre eux se rétablit comme si les témoins et l’auditoire n’étaient plus là. A la fin, John a parlé et sa voix nous paraissait plus forte et plus claire.

Ainsi la description que Buber fait des deux règnes de la relation n’est pas conceptuelle, n’est pas une formulation au sujet du monde et de l’homme dans le monde. Il s’agit d’une description de la réalité de l’homme dans la relation, toujours avec deux possibilités. Ici dans cette histoire les deux possibilités donnent des résultats diamétralement opposés. Lorsque Feldenkrais est dans le règne du ‘Je-Cela’, dans son moi où il prétend être l’agent de l’amélioration de John, le lien avec John est rompu. John ressent ceci et il régresse vers son état précédent. A partir du moment où Feldenkrais comprend son erreur, il dit la vérité de ce qui s’est passé et il retire son moi, pour ainsi dire, pour restaurer la relation ‘Je-Tu’. Dans ce régime, le travail entre Feldenkrais et John peut continuer.

Buber écrit :

Ceux qui connaissent le souffle de l’esprit commettent une transgression s’ils veulent prendre contrôle de l’esprit ou déterminer sa nature. Mais ils sont infidèles s’ils attribuent ce don à eux-mêmes. La structure claire et ferme de la relation Je-Tu, familière à quiconque a un coeur sincère et le courage de le mettre en jeu, n’est pas mystique. Pour comprendre cela nous devons parfois sortir de nos habitudes de pensée, sans quitter les normes primaires qui déterminent l’idée que l’homme se fait du réel.

Buber a ainsi compris exactement ce que Feldenkrais a compris. Et au sujet de l’enseignant, Buber dit :

L’enseignant qui veut aider l’élève à réaliser ses meilleures potentialités doit le considérer comme cette personne particulière, à la fois quant à sa potentialité et à son actualité. Plus précisément, il doit le connaître non comme une simple somme de qualités, d’aspirations et d’inhibitions ; il doit le saisir et l’affirmer comme un tout. Mais il peut seulement faire ceci s’il le rencontre comme un partenaire dans une situation bipolaire.

Feldenkrais dit au sujet de son rapport avec ses élèves : ‘Moi je n’enseigne pas, mais mes étudiants apprennent.’ C’est une autre manière de dire la même chose.

Quel but Feldenkrais poursuivait-il en développant sa méthode ? Essentiellement, il recherchait un processus par lequel toute personne entrant dans le processus pourrait commencer à se connaître. Feldenkrais a remarqué dans sa propre vie et chez d’autres personnes qu’une grande part de la douleur humaine provient de l’ignorance de soi : être incapable de se ressentir, être ignorant de ce qui est essentiel pour soi, se couvrir d’un masque de conformisme et jouer un rôle pour manipuler les autres ou leur faire plaisir. La connaissance de soi peut mener à la liberté : vivre sa vie plus pleinement, réaliser ses potentialités. Mais cela ne veut pas dire se centrer sur soi-même au dépens de l’action dans le monde. Dans son livre Awareness through Movement, il dit : ‘S’il est vrai que les instincts nous arrivent par voie d’héritage, tout comme la conscience est héritée, alors il sera préférable de perfectionner notre conscience, plutôt que de supprimer l’animal qui est en nous.’

Je ne sais pas si Moshe Feldenkrais a jamais rencontré Martin Buber ou même lu ses livres. Il est tout à fait possible que oui. L’important cependant est qu’ils ont eu la même compréhension intérieure, en dépit des différences extérieures dans leurs façons de s’exprimer. Cela provient peut-être de leurs racines communes dans la Tradition hassidique. Buber a été éduqué dans la ville sophistiquée de Vienne, mais dans son enfance il a été envoyé vivre avec ses grands parents dans la province de Galicie, où il a eu contact avec le mouvement hassidique. Cela l’a marqué pour le reste de sa vie, même s’il n’est pas devenu lui-même hassidique. Dans un petit livre intitulé Les Récits Hassidiques, Buber parle de systèmes de croyance religieuse dans lesquels on ne peut atteindre Dieu qu’en renonçant au monde des sens et à sa propre vie naturelle. ‘Il n’en est rien pour le hassidique’, écrit-il. Pour créer une relation avec Dieu, le hassidique ‘n’est pas obligé d’abandonner la réalité externe et interne de l’existence terrestre, mais il doit l’affirmer dans sa véritable essence, comme don de Dieu.’

Dans les contes qui suivent dans ce petit livre et dans leur interprétation, on apprend que pour trouver sa place dans ce schéma on doit d’abord se connaître soi-même et trouver sa propre essence dans son coeur. Mais en faisant cela il ne faut pas devenir égotiste. Par cette voie, et la personne et le monde sont tous deux transformés.

Comment Buber est arrivé à cette compréhension est clair, de par ses écrits et de par sa biographie. Le cheminement de Feldenkrais vers cette compréhension l’a occupé toute sa vie, dans une marche enveloppée de mystère, car Feldenkrais faisait rarement mention de ses racines juives ou de sa connexion ancestrale avec le hassidisme. Une fois il m’a raconté une histoire au sujet de son ancêtre, Pinkhas de Koretz, une histoire sur l’humilité. L’humilité ne faisait pas partie des vertus éminentes de Feldenkrais et pourtant quand il donnait une leçon il était en permanence présent et attentif.

Dans l’histoire, un disciple vient voir son rabbin avec un petit livre de sentences. Il dit au rabbin qu’il est un homme humble et que le petit livre ne vaut pas grand chose, mais il demande si le rabbin pourrait donner sa bénédiction au livre. Trois fois il revient et le rabbin ne lui prête aucune attention. Enfin il demande avec colère : ‘Rabbi, pourquoi me refuses-tu ?’ Le rabbin répond : ‘Tu as dit toi-même que ton livre ne valait rien. Alors pourquoi faudrait-il que je lui discerne de la valeur et que je te donne ma bénédiction ? L’homme véritablement humble connaît sa place : il sait de quel côté se trouve sa valeur et de quel côté se trouve sa faiblesse.’

Voilà une indication que Feldenkrais s’enracinait bien dans un riche terreau de tradition hassidique et qu’il incorporait cet enseignement dans sa façon de traiter le monde. Pourtant cette sagesse a pénétré lentement dans sa vie, pour atteindre un épanouissement total dans son enseignement à la fin de sa carrière. En apparence Feldenkrais rejetait le spirituel, mais il l’a vécu dans son travail. Cependant on ne connaît jamais le fond de l’histoire. Un jour quand il enseignait à Amherst, il regarda vers le ciel et il parla à son ancêtre Pinkhas de Koretz : ‘Pinkhas, comment est-ce que toi tu répondrais ?’

Sources

Les citations de Buber viennent de : Martin Buber, Je et Tu, Aubier, Paris, 1962 (réédition 1992).

et Les Récits Hassidiques, Seuil, Points Sagesse, Paris, 1992.

Les citations de Feldenkrais viennent de : Moshe Feldenkrais, Energie et bien-être par le mouvement,  Dangles, Paris, 1999. Existe aussi en anglais sous le titre : Awareness Through Movement, Harper and Row, New York, 1967.

Danser ensemble, plutôt qu'un traitement Sur la relation entre le travail de Moshe Feldenkrais et celui de Martin Buber, par Carl Ginsburg. Traduction Daniel Poutot et Michael Clifton

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