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Intelligence du corps Soupless de l'esprit Pertinence de l' action

La Ruzole du Haut--09400 Saurat--France

Feldenkraisnow

Je dois l’élan et la motivation initiale à l’exploration de l’usage des ballons gonflable dans la Méthode Feldenkrais à une jeune étudiante en langue anglaise. J’avais rencontrée Becky en 1994 dans un hôpital de soins paliatifs où je faisais du bénévolat.

A mon arrivée on m’avait demandé de donner à Becky des occasions de parler allemand, sa langue préférée qu’elle étudiait à l’université avec grand enthousiasme. En outre, et encore plus important, Becky avait besoin d’apprendre comment mieux supporter ses douleurs sévères au niveau de la nuque. Becky souffrait d’un cancer incurable et était terrifiée à l’idée d’être touchée par des mains qu’elle ressentait comme intrusives.

Sa joie de pouvoir parler l’allemand avec moi, nous avait permis d’établir un contact chaleureux dès notre premier entretien et nous fumes immédiatement d'accord d’utiliser uniquement cette langue dans nos échanges y compris concernant la quête d’un touché non-intrusif et quasi indirect.

C’est ainsi qu’à l’age de 20 ans, et pendant les neuf mois qui nous étaient accordés pour cette recherche, avant qu’elle ne succombe à la maladie, Becky était devenue une de mes « assistantes-élèves-partenaires-en- apprentissage-mutuel» les plus inspirantes.

(Il s’est montré que) Ce qui gênait en particulier cette jeune femme, parfois pétillante et parfois profondément déprimée, était la perte de confiance dans sa jambe gauche. Elle m’expliquait qu’il y avait des moments où elle avait l’impression que cette jambe ne lui obéissait plus et pouvait s’écrouler tout d’un coup sous le poids de son corps.

Un jour elle me confia son plus grand désir : malgré la peur de s’appuyer sur cette jambe peu fiable, elle souhaitait danser sans aucun souci ... “du moins une fois encore”. Nous avons rapidement trouvé les moyens pour danser ensemble sur la musique qu’elle préférait et sans qu’elle ne soit touchée (en tout cas au début).

Après avoir choisi sa musique favorite, Becky s’installait confortablement sur deux ballons ovales enveloppés d'une couverture. Les ballons, gonflés pour permettre de la souplesse, soutenaient avec sécurité son dos et sa tête pendant que ses plantes de pieds restaient en contact avec le sol, ses bras reposant sur des coussins.

Lorsqu’elle entendit les sons familiers de la musique, son visage se détendit. Un beau sourire apparut sur son visage dès qu’elle sentit des douces vaguestraverser son corps alors que mes mains exerçaient une légère pression sur les ballons en rythme avec la musique. La peur d’être touchée disparut après quelques séances et bientôt Becky se rendit compte que sa jambe gauche avait « miraculeusement » regagné de la force et de la stabilité, ce qui étonna même les médecins.

Peu à peu « re-musiquée » (cette expression fut créée par le neurologue Oliver Sachs pour désigner l’impact que la musique peut avoir sur la ré- organisation et le coordination d’une personne traumatisée), Becky retrouva beaucoup de son élan vital et son humour inné. Chaque moment non gâché par les effets de la chimiothérapie lui devenait précieux ...

Un jour elle se surprit elle-même (et moi tout autant). Alors que nous prenions le thé en écoutant sa pop-music, Becky se leva spontanément du canapé et commença à danser avec la plus grande confiance et aisance en invitant les personnes présentes à la rejoindre.

Dans de pareils moments Becky devenait la personne qu’elle voulait être, et aurait probablement pu devenir si le sort avait été avec elle. Un échange scolaire annuel avec une amie allemande lui avait permis de s’épanouir dans une direction encouragée au sein de la famille d’accueil, qu’elle appellait sa “vraie famille”. Quand elle revint chez elle en Angleterre, Becky retrouvait de nouveau une ambiance étouffante ; sa mère avait des idées extrèmement strictes sur le comportement d’une jeune fille bien élévée.

L’effet traumatisant de cette situation s’était révélé après la première nuit que Becky avait passé chez nous. Un terrible cauchemar l’avait réveillée avec un sursaut : elle avait essayé en vain de se sauver quand un personnage terrifiant apparut brandissant un couteau... Becky ajouta à voix basse: “Je crois que c’était ma mère...”.

Avec le temps Becky commençait à vivre des moments d’insouciance et de bonheur – surtout après avoir fait la connaissance d’un groupe d’étudiants allemands qui l’invitaient parfois au cinéma ou lui préparaient un repas allemand. Ainsi elle pouvait parfois jouir d’un degré de liberté qu’elle avait connu pendant ses séjours en Allemagne et au commencement de ses études dans une ville universitaire.

L’expérience de rouler à travers la campagne et des villages tranquilles sur le siège arrière de la Harley-Davidson d’un ami était probablement un des plus grands moments de sa courte vie.

Un autre point culminant était un voyage en Allemagne. Au lieu de parler aux docteurs de l’hospice, Becky avait demandé au docteur de sa famille de lui donner la permission de partir avec nous (mon mari, notre fils et moi). Sa réponse fut: “Mais oui ! C’est la meilleure chose que tu peux faire!”

Ainsi, et si proche de sa mort, Becky était en mesure de témoigner de la conviction de Moshe Feldenkrais qu' «une personne en bonne santé est une personne qui est capable de réaliser ses rêves les plus profonds».

Jusqu’à ce jour je garde précieusement une lettre de remerciements pleine d’humour que Becky nous avait envoyée trois mois avant sa mort:

Vous m’avez dit que Noël était une occasion de dire quelque chose plutôt que d’envoyer une carte conventionnelle. J’ai donc écrit tout ce que j’aimerais vous dire.

Une liste de 27 remerciements spécifiques adressés à mon mari Tim et moi commençait ainsi:

“Pour me faire rire” Sa lettre concluait par :

“Surtout pour être vous et être mes amis.”

“Pour m’aider à m’accepter y inclu mes pieds.” venait à la 6ème place “Pour m’apprendre a dire NON”, à la 8ème et

“Pour m'aider à utiliser ma jambe à nouveau – MERVEILLEUX!” était N°10 sur cette longue liste ...

[Merci à Laure, Michelle et Murielle pour m’aider avec la traduction de ce texte]

Danser sur l’air Se libérer du poids des pensées troublantes sur le corps et l'esprit.

Par Ilana Nevill

Feldenkraisnow

Becky
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