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Feldenkraisnow

Anaïs et sa scoliose

Une Etude de cas par Ilana Nevill, praticienne de la Méthode Feldenkrais

Lundi 30 mai 2011, Anaïs, 15 ans, vient d’être opérée à Toulouse d’une déviation importante de la colonne vertébrale par un spécialiste renommé pour ce genre d'opération complexe. Il avait suivi l’« évolution » de la scoliose d'Anaïs depuis près de six ans, prescrivant au départ un corset. Pendant 9 mois, la jeune fille de 12 ans à l'époque tenta en vain de s'habituer à porter régulièrement ce corset en plastique rigide. Finalement, il fut décidé de la « laisser en paix » jusqu'à ce qu'elle puisse être opérée vers l'âge de 15 ou 16 ans. Le professeur conseilla à ses parents de ne pas attendre l'âge adulte en soutenant qu'il était probable que des déformations de ses articulations se produiraient d'ici là et ne soient plus réversibles. De plus, il faudrait alors opérer sur la totalité de la colonne au lieu des douze vertèbres

thoraciques. En cherchant comment éviter à Anaïs une intervention aussi importante, sa mère Patricia consulta une kinésithérapeute de la région (une Allemande) qui avait très bonne réputation, lui recommanda la Méthode Feldenkrais et lui donna mes coordonnées. Lors de notre première rencontre (en avril 2010), Patricia me donna une vue d'ensemble de la vie plutôt tourmentée de sa fille. A partir de l'âge de huit ans, Anaïs eut à supporter un anaishandsappareil métallique destiné à élargir sa mâchoire supérieure. Une guérisseuse émit par la suite l'avis que cet appareillage avait contribué à la déformation de la colonne d'Anaïs, en pleine poussée de croissance. Malheureusement, après la fin (seulement début 2010) de ce traitement qualifié de 'brutal' par sa mère, la scoliose ne céda pas de terrain contrairement aux attentes. À l'âge où le corset plastique lui fut prescrit, Anaïs avait douze ans. Presque à la même époque, sa mère dut s'absenter pour être hospitalisée plusieurs semaines pour être opérée d'un cancer. Deux ans plus tard, Patricia dut subir une deuxième opération et une fois de plus, son enfant terrifiée à « la bouche trop petite » et à la colonne de plus en plus tordue fut laissée à elle-même.

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Avant l'operation...

...et aprés

Investigations/ Développements depuis 2007

Depuis 2007, un groupe informel de praticiens Feldenkrais se réunit une fois par an dans les Pyrénées françaises.

Dès le début, l'objectif fut d'explorer des pistes liées au thème Feldenkrais de l'EQUILIBRE DYNAMIQUE – en cherchant des réponses à la question : Comment et pourquoi des ballons gonflés utilisés de manière intelligente et dans un but précis se montrent-ils si efficaces pour déclencher et encourager l'apprentissage organique/somatique dans notre travail ? Au cours de nos investigations ont émergé des concepts pertinents et des modèles théoriques qui pourraient aider à clarifier cette question.

Un aspect important du premier projet du Groupe Laboratoire s'est achevé avec la publication de l'étude de cas Anaïs et sa Scoliose aussi bien dans la revue de la Guilde allemande Feldenkraisforum que dans celle de l'association française Corpus. * * voir plus bas le début de l’étude de cas Anaïse te sa scoliose à télécharger.

4 séances individuelles ont été filmées, dont 2 avant et 2 après l’opération d’Anaïs. On espère pouvoir mettre les moments les plus intéressant sur un DVD.

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Groupe laboratoire 2011

Voici le début de l'étude de cas qui montre comment Anaïs a bénéficié du travail avec des ballons. Pour plus d'information sur le cybernéticien Heinz von Foerster mentionné à la fin de ce texte voir: Archives En Profondeur - La vérité est l'invention d'un menteur

Témoignage : Les ballons 

L’emploi de ballons gonflables dans la Méthode Feldenkrais s’est avéré très efficace pour mieux gérer les symptômes de la forme bénigne de Sclérose en Plaques qui, parfois, rendait sa vie de médecin difficile à l’auteur.

La spasticité mais aussi les contractures de toutes origines trouvent là une méthode de choix :

• La douceur de la mobilisation associant lenteur, progressivité … permet un étirement associé à un relâchement ;

ceci est aussi favorisé par le toucher : la qualité perceptive de celui-ci « capture » l’attention, ce qui contribue aussi au relâchement tout en améliorant (voire même permettant de retrouver) la proprioception ;

la souplesse de la mobilité retrouvée contribue de proche en proche au relâchement et au réajustement du tonus.

Dans le cas de la Sclérose en Plaques où l’impression fréquemment décrite est d’être dans une armure (ce qui contribue largement à la « fatigue », symptôme majeur de cette maladie) chaque

séance permet de déposer de plus en plus durablement cette armure et de retrouver beaucoup de légèreté ; la limitation même de certains mouvements , si elle persiste, n’est plus une restriction à la mobilité à condition d’être vigilant à garder la « présence au ressenti » , de bannir les mouvements brusques … et de ne pas s’éloigner de son « centre »…

Petit à petit la proprioception se retrouve. Cette « discipline » d’attention corporelle conduit non seulement à habiter son corps mais à habiter sa vie, sa relation aux autres et un dynamisme de la conscience…

C’est un chemin de santé physique, spirituelle et relationnelle…qui construit et répare.

 

Août 2019: Laure Meneau, qui a participé aux Laboratoires et des post formations à Annecy, vient d’envoyer un compte rendu sur ses découvertes quand il fallait soigner soi-même après une fracture de maléole compliquée : Jeux de ballons.

 

JEUX DE BALLONS par Laure Meneau

Dans cette expérience d’une fracture qui m’a obligée à une immobilisation prolongée, je vais parler surtout de l’usage et de stratégies avec les ballons, et comment ce sont des alliés formidables pour les auto-Ifs. Ilana Nevill a développé ce « médium d’air » (1) dans la méthode Feldenkrais, et nous transmet depuis une dizaine d’années cette approche dans le groupe des Savoie. J’ai laissé de côté d’autres pratiques que j’utilise aussi, comme le T Touch de Linda Tellington (2), l’action manuelle sur les chaînes musculaires et les fascias (3), la visualisation. Ce sont des outils un peu différents dont le résultat est finalement le même : aider le corps dans ses facultés d’auto-guérison.

Contexte : un jour d’été ensoleillé, je glisse sur une petite pente et tombe brutalement en arrière. Probablement à cause d’un problème dans le genou depuis quelques semaines, c’est la cheville qui prend tout le choc : double fracture malléolaire. Après discussion avec le chirurgien, nous décidons qu’il va tenter de réduire (4) manuellement la fracture, et s’il n’y arrive pas, opérer.

Une opération est totalement contre indiquée avec une maladie génétique qui me donne une grande fragilité des os, muscles et tendons. J’apprendrai plus tard que le chirurgien a eu une expérience désastreuse avec une femme, même maladie, même fracture bi-malléolaire, et au bout de quelques temps, le matériel a lâché. Cela m’a incitée à être d’autant plus prudente et patiente sur le fait de ne jamais poser le pied par terre pendant un mois, avec du matériel dans la cheville. Dans la plupart des cas, les plaques et les vis pour une fracture permettent au contraire de pouvoir bouger plus rapidement, l’os cassé étant tenu.

Je mobilise très vite la cheville avec des mouvements dans l'imaginaire : faire en vrai du côté qui fonctionne, et mentalement avec la cheville blessée. Un over ball (petit ballon environ 20 cm) que j’avais avec moi m'a rendu bien service pendant les trois jours passés à la clinique : placé sur le ventre, les mains posées doucement par dessus, je me laisse bercer par le mouvement de la respiration. La détente est plus efficace que juste les mains posées sur le ventre sans ballon. Je le fais glisser doucement sur le corps, et en particulier en direction de la cheville droite. Cela me procure une grande sensation de détente, de soulagement de la douleur. Le fait de pouvoir ainsi agir au lieu de subir a sans doute aussi un aspect positif.

Le ballon me sert aussi comme soutien en variant les endroits entre le corps et le lit. Cela détend les muscles et me donne fluidité, mobilité, en créant des micro mouvements bénéfiques dans cette position semi-allongée sur le dos restrictive.

Rentrée chez moi après l’opération, j’ai cherché les coussins disponibles pour surélever ma jambe, car cela fait partie des moyens naturels efficaces pour limiter douleurs et inflammation. Il se trouve que j’avais un petit lit de ballons : deux rangées de quatre petits ballons dans une housse en tissu, que j’ai aussi pris comme coussin. J’ai ainsi découvert par hasard que je pouvais m’en servir comme gouttière, la housse étant assez large pour écarter un peu les deux rangées de ballons. Je n’ai pas été plâtrée, j’avais une botte, ce qui est vraiment un avantage : j’ai pu agir doucement et délicatement sur les tissus à travers la peau. Mais au début, j’avais peur de me retrouver la cheville en liberté, et cette gouttière improvisée m’a permis de poser mon pied et ma jambe en toute sécurité lorsque j’enlevais ma botte. J’étais bien calée contre ces surfaces d’air à la fois douces, stables et légèrement mobiles. J’ai ainsi pu sans crainte poser un bloc de glace, ou effectuer des massages très légers. Je découvre rapidement les bienfaits d'une pression douce et lente sur un ballon, puis relâchement très lent et progressif ensuite, et durée de l'arrêt aussi long, pour laisser les tissus et les cellules s'organiser tout seuls.

Remarque : j’ai constaté l’efficacité d’une action si on laisse le processus se faire. Il faut un certain lâcher- prise. A chaque fois, je laisse un temps d’attente et d’écoute des réactions dans mon corps. Je donne juste une impulsion, et le mouvement se continue de lui-même.Au fil des jours et des semaines, je m’amuse avec ces huit ballons dans la housse, et sur toutes les parties de la surface des ballons, ce qui agit sur les masses d’air qui se modifient et résonnent de beaucoup de façons différentes dans le corps. Ceci la jambe presque horizontale lorsque je suis directement sur le petit lit de ballon, ou plus surélevé lorsque je mets des coussin dessous, parfois un autre over ball entoure la cheville...les configurations possibles sont multiples.

J'explore toutes les directions / tous les endroits où poser un doigt / avec chaque doigt (différences si pouce ou index etc...) / avec toute la paume / le bout de tous les doigts ensemble... Je le fais en agissant sur les deux premiers ballons (vers moi, coté genou) : pousser des deux mains / tirer / resserrer / écarter ; idem les deux ballons suivants, les extrêmes etc...

C’est très intéressant aussi en tenant seulement le tissu de la housse : la résonance est plus globale, plus profonde, et se propage jusqu’au bout du pied.

Tous ces jeux avec les ballons sont une bonne façon de trouver des solutions pour garder dynamiques des parties du corps contraintes à l’immobilité pendant longtemps.

Atteindre avec la main sa propre cheville n’est pas une position très aisée. Cette structure de ballons permet d’agir à distance, la transmission se faisant à travers les ballons. J’ai peu à peu amélioré la position globale du corps, en utilisant des ballons dans d’autres endroits : par exemple, un ou deux ballons sous l’aisselle, le bras, permettent que le mouvement se fasse de façon harmonieuse dans tout le corps sans aucune tension musculaire. Cela devient une danse, et bien que l’attention reste dirigée sur la partie blessée, tout le corps participe souplement et agréablement.

J’ai découvert une façon sympathique d’utiliser les egg balls (ce sont les ballons plus gros et ovales, jaunes et oranges. Nous utilisons les verts encore plus gros pour fabriquer les tables de ballons).

Ce soutien souple et très légèrement mobile placé dans le dos permet de palier aux inconvénients du manque de mouvement pour une personne obligée d’être peu mobile pendant longtemps (posi­ tion alitée, fauteuils roulants...) . En effet, le dos reste tonique en profondeur, dynamique, grâce à une quantité de micro­mouvements produits par cette très légère masse d’air qui agit sur le dos, les côtes, de façon subtile. Cela permet aussi de pouvoir bouger le thorax et le haut du corps en toute sécurité et de façon aisée.

J’ai placé dans mon dos le jaune, la taille me convient. Il doit être vraiment très peu gonflé.

Un petit ballon derrière la nuque complète le mouvement de la colonne vertébrale favorisé par l’egg jaune.

Après des semaines d’immobilité et de fauteuil roulant, je peux enfin me mettre debout. Je dé­ couvre l’intérêt d’un tabouret haut (environ 73 cm) que j’ai chez moi :

1. C’est une expérience merveilleuse de retrouver enfin la verticale, tout en étant dans une posi­ tion confortable dans laquelle je n’avais pas mal dans la cheville et où je ne risquais pas de nouveaux problèmes musculaires ou autres. Tout d’abord, le regard s’est élevé, cela élève le moral. La colonne vertébrale s’est érigée de façon confortable, en appuis sur les deux ischions. Avec ces deux petits pieds supplémentaires, les deux pieds posés sur le sol sont en dé­ charge. Avoir retrouvé la position verticale en toute sécurité et légèreté, un pur bonheur !

2. A partir de là, j’ai pu en douceur travailler sur le déroulement de la marche :

­ légères poussée des pieds dans le sol (l’un, l’autre, les deux, différentes orientations...)

­ les « mains d’air » d’Ilana Nevill (petits ballons à peine gonflés) sous le pied m’ont été très utiles : une perception plus fine, subtile et dans le dedans des os; un médium de transition doux pour la cheville pleine de vis, avant le contact dur du sol.

Je pense que pour toute personne ayant eu à cause d’un accident ou autre, ainsi que les per­ sonnes âgées, la peur de la terre hostile et des chutes, il est très important de pouvoir retrouver la douceur du sol, l’élasticité entre le squelette et le sol . Pour cela, toutes les explorations auxquelles nous a initiés Ilana avec les petits ballons peu gonflés comme intermédiaire entre le sol et les pieds sont très bénéfiques. Cela améliore la perception positive de la terre et la sensation d’une sécurité possible.

3. J’ai ajouté les mouvements du buste : diagonale main vers genoux opposé, thorax, sternum, ac­ cordéon des côtes, tête, regard..Pour conclure, en étayant l’article « la magie des ballons » par cette expérience plus personnelle, j’espère contribuer à favoriser la curiosité et l’envie de jouer avec cet outil aux ressources mul­ tiples. Le ballon a aussi un côté très ludique qui rend plus facilement créatif.

(1) http://www.feldenkraisnow.org/

(2) http://www.tellington­ttouch.fr/ttouch­for­you

(3) www.youtube.com/watch?v=L5rCuIYlr9o « Promenade sous la peau »

(4) réduction de fracture = remettre les os en place

ballonsfract4
gouttiere et over ball cheville
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