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Intelligence du corps Soupless de l'esprit Pertinence de l' action

La Ruzole du Haut--09400 Saurat--France

Feldenkraisnow

A l'occasion d'une exposition, plusieurs personnes furent frappées par les cèdres de ses dessins et peintures qui paraissaient avoir des membres, des bras et des jambes. Angela ne l'avait pas remarqué elle-même auparavant ; elle commente :

Je compris tout de suite et alors je le vis. C'était complètement nouveau ! Je n'avais pas représenté volontairement ces membres moi-même. J'avais longuement étudié l'arbre, je m'y étais immergée de plus en plus, faisant peu à peu corps avec cet arbre. Mon propre corps était très important. J'avais la sensation de savoir où se trouvait l'arbre dans mon corps...

Maintenant je dois mettre en mots tout ceci… Peut-être est-ce comme devoir trouver une place dans mon corps pour ce que je vois et puis le traduire à nouveau; je dois le transformer.

C'est la même chose avec les couleurs. C'est très intéressant, je sais que dans mes peintures, je ne vois pas les couleurs, je les sens. J'ai compris cela très clairement quand je voulus me souvenir des couleurs des feuilles, ces merveilleuses couleurs d'automne dans le jardin comme de somptueux tapis sur le sol. Je pensai « Comment me souvenir de ce jaune vibrant ? Comment pourrai-je jamais peindre quelque chose comme ça ? » Ça m'a pris un long moment – deux jours – et puis je pensai : « Maintenant je sais où se trouve ce jaune dans mon corps ! » Je me souviens de l'endroit dans mon corps quand je veux peindre ce jaune et je le retrouve. Mais j'ai dû le faire à mon insu depuis longtemps, parce que j'ai toujours su que mes couleurs ne sont pas ce que je vois. Je dois en faire l'expérience et vivre avec pendant très longtemps puis je peux réaliser le tabeau, et alors en général il rend ce que je souhaite. Mon corps me le dit, cela peut être dans mes épaules, ou ma poitrine, ou encore dans mon ventre... dans divers endroits. Cela a à voir avec ma passion pour les sensations.

Quand Angela participait à un groupe de Prise de Conscience par le Mouvement, elle faisait souvent l'expérience des couleurs les plus vives en explorant un mouvement.

Durant une séance, je devins complètement euphorique et je ne comprenais pas ce qui se passait , mais je pensai que cela faisait partie de l'exercice et que tout le monde ressentait la même chose. Mais je découvris que les autres avaient vécu de tout autres expériences.

Quand je fais les leçons maintenant, je ne pense pas à tout ça... Pendant la leçon mon attention se trouve incroyablement aiguisée; j'éprouve des expériences de couleurs fantastiques – et aussi des expériences d'espace. Mais je ne l'ai pas traduit artistiquement. Je n'aime pas faire cela. C'est beau, cela m'appartient, mais c'est aussi un peu effrayant parce que l'espace dans lequel ces couleurs évoluent est tellement énorme. C'est comme les étoiles, quand vous regardez les étoiles la nuit au point de sentir que vous pénétrez dans le ciel, ah, l'immensité devient tellement énorme. Je le sens : « Oh, où suis-je ? Je veux être au sol et dans un petit coin où je me sente chez moi. »

Je peux pénétrer dans ce ciel, ce firmament, et me perdre ; c'est la même chose dans les paysages de montagne quand je suis trop haut...

En dessinant ces arbres, je me suis rendue compte de quelque chose de très intéressant sur la nature en général : pourquoi il est si merveilleux d'être dehors n'importe où et comme cela devient vite merveilleux. On n'a pas besoin de rester très longtemps à l'extérieur parce qu'on peut tout relier de cet extérieur à son corps.

Quand je dessine, je suis en lien très fort avec l'arbre et je pense : «  Qu'est ce qui fait que cet arbre soit tel que je le vois ? » Et soudain mon corps entre en jeu. Seul mon corps peut tenter de se relier à l'arbre, parce que je ne peux ni voir ni comprendre l'arbre. Je ne peux pas être l'arbre, mais je peux être mon corps puis le relier à ce que je vois en-dehors de mes propres limites...

Ce n'est pas une sensation... C'est un sentiment merveilleux d'être plus en harmonie et d'avoir besoin de beaucoup moins dans la vie !

Avec ces leçons de Feldenkrais j'arrive à un point où je suis très heureuse simplement comme je suis et je n'ai pas besoin de beaucoup de sensations, je n'ai pas tous ces désirs. Je suis joyeusement et merveilleusement en accord avec moi-même. L'émerveillement est important parce que c'est toujours nouveau et il peut être là à tout moment tant que je suis dans mon corps. C'est le cadeau de ces leçons. Vous devez être dans l'instant présent. C'est quelque chose que les artistes font probablement : ils cherchent l'instant, ils trouvent que l'instant est précieux. Et pour cela vous devez faire de la place ; alors la vie devient différente ; vous n'aspirez pas à vous activer sans cesse – vous ne pouvez pas sinon vous perdez le contact avec l'instant.

Le Feldenkrais a eu un gros effet sur moi. C'était très confortable et le lien était évident avec mon travail, mais il m'a intéressé aussi pour une autre raison. Cela avait à voir avec le fait d'entrer dans quelque chose d'autre... Cette fois c'était mon corps, qui n'est pas vraiment une chose.

Dans ma pratique artistique il m'est habituel d'entrer dans les choses ; j'entre dans un arbre, dans un visage, j'entre beaucoup dans les fleurs, et je deviens tout cela. Je deviens l'arbre, je deviens cette racine... Entrer dans mon propre corps, cependant, est une expérience énorme. Je crois que j'ai toujours eu en quelque sorte une relation d'hostilité avec mon corps. J'avais l'habitude d'entrer dans mon corps au travers d'autres choses, les fleurs, les arbres, ce que je peignais ; c'était ma façon de trouver mon chemin vers moi-même.

Je sais que je n'ai pas appris à aimer mon corps. Je n'ai jamais aimé mon corps quand j'étais jeune. Je ne comprenais pas... Mon corps n'était pas un joli corps quand j'étais jeune.

Je ne pouvais pas l'aimer, et je sais que cela vient probablement de ma relation avec ma mère. Elle ne me câlinait pas, ne me montrait pas d'amour. Ce n'est pas pour dire du mal d'elle ; c'est juste que j'ai grandi dans une culture où le corps n'était pas important ; le corps était laissé de côté. Mais il fallait que je trouve ce corps – nous devons tous vivre dans un corps, nous voulons tous vivre dans un corps – je pense que c'est pour ça que j'ai commencé à peindre, à m'impliquer dans la vie elle-même. Je le faisais avec mon corps bien sûr, mais je ne savais pas que je cherchais à habiter mon corps de la façon qui me convenait. J'ai utilisé mon corps pour devenir ce que j'aimais, et ce que j'ai trouvé c'est l'émerveillement de la vie. Mais ce n'est que maintenant que j'ai reçu mon corps.

Je pense que quand vous avancez en âge vous avez besoin d'être dans votre corps ; c'est la chose la plus importante : arriver à vous-mêmes, arriver à votre corps – et alors ensuite vous allez plus loin. Votre corps est votre maison, celle qui vous est donnée ; vous devez l'accepter et l'aimer telle qu'elle est. Vous devez aussi en sortir car au final vous êtes autre part...

Il y a environ deux ans je t'ai écrit quelque chose au sujet d'une nuit où je me promenais dans la campagne. C'était la première fois que je ressentais cette chose tout à fait nouvelle : « Je suis connectée ! Je suis dans l'univers et je suis une partie de tout ça. » Je m'étais perdue alors que je me promenais dans les bois pas loin de notre maison, juste sur la colline d'à côté. Mais je ne pouvais rien voir et je pensai « Comment vais-je rentrer maintenant ?... J'ai besoin de tous mes sens parce que je me souviens de la température en différents endroits, je me souviens des sons, et je dois retrouver tout ça et quand je le retrouverai, je retrouverai le chemin jusqu'à chez moi. » C'était au sujet de la sensation sur ma peau, de ce que j'écoutais et des sensations de mon corps dans ces endroits quand il faisait jour et que je savais où j'étais.

Voici mon expérience du Feldenkrais en lien avec le monde extérieur.

Entrer dans mon corps fut une expérience énorme ! Conversation avec l'artiste Angela Weyersberg

Enregistrée et retranscrite par Ilana Nevill (traduction Blandine Wong)

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Dessins par Angela Weyersberg