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Intelligence du corps Soupless de l'esprit Pertinence de l' action

La Ruzole du Haut--09400 Saurat--France

Feldenkraisnow

Au printemps 1998, Connie décida d'essayer si la Méthode Feldenkrais pourrait l'aider à jouer à nouveau sans avoir à souffrir au point d'être obligée de s'arrêter au bout de quelques minutes. Ses malheurs venaient d'une mauvaise chute sur le verglas. Cela avait provoqué le pincement d'un nerf dans la nuque, un engourdissement du bras gauche pendant deux ans, et des douleurs dans les épaules et le côté droit de la nuque. Une injection de cortisone avait empiré les choses ; l'ostéopathie n'avait pas été d'un grand secours ; et cette merveilleuse pianiste avait dû arrêter complètement de jouer jusqu'à ce que le nerf en question soit libéré par une intervention chirurgicale. Peu après l'opération, elle entendit parler de la Méthode Feldenkrais par son dentiste et par un ami musicien, que la méthode avait aidés à surmonter de fortes douleurs dorsales. Cela encouragea Connie à venir me voir.

Au début de la première leçon, Connie joua un petit air au piano. Je pus voir immédiatement que seuls ses bras et sa ceinture scapulaire bougeaient, tandis que son bassin restait plutôt immobile. Au fur et à mesure du déroulement de la séance, Connie découvrit qu'il lui était possible de laisser aller les tensions inutiles dans les jambes et la mâchoire. Quand elle joua du piano à la fin de la séance, son bassin et son sternum commencèrent à participer à l'action et tout – même le son sortant de l'instrument – parut couler de manière plus fluide.

Après deux séances individuelles supplémentaires, Connie rejoignit un de mes cours de Prise de conscience par le mouvement. Depuis elle est restée une de mes élèves les plus fidèles. Pratiquer le Feldenkrais un peu chaque semaine l'aide à rester en contact avec elle-même – et aussi avec la leçon la plus importante qu'elle ait retirée de cette approche d'auto-éducation :

«Moins d'effort = plus de conscience = moins de tension/douleur = plus de spontanéité ! Grâce à la pratique de cette méthode, j'ai trouvé une façon de jouer avec tout le corps. Tout en moi marche ensemble. Et lorsque tout bouge en vous – et soutient l'action au lieu de la bloquer – vous pouvez faire plus avec moins d'effort ».

 

L'unité corps-esprit dans la pratique musicale II - Une jeune violoncelliste/accordéoniste découvre les bienfaits de la Méthode Feldenkrais

Sarah est une « musicienne-née » qui transmet quelque chose de très spécial au public, qu'elle joue du violoncelle ou de l'accordéon. Sollicitée par de nombreuses compagnies théâtrales passionnantes et itinérantes, elle trimballe l'un ou l'autre de ces volumineux instruments, voire les deux, de ville en ville, de théâtre en théâtre, d'une scène à l'autre, source d'inspiration pour les acteurs et le public grâce à son extraordinaire sens musical.

Le mode de vie très exigeant de Sarah était rendu d'autant plus difficile par une douleur récurrente dans son bras gauche. Le médecin qu'elle consulta lui recommanda des exercices pour renforcer ses abdominaux afin de pouvoir mieux gérer ses lourds instruments.

En mai 2004, Sarah arrive pour une leçon d'Intégration fonctionnelle – avec ses deux instruments, dont elle joue au début et à la fin de la séance. Pendant cette leçon nous travaillons sur la prise de conscience de la stabilité-mobilité de son axe central, la sensation de se sentir solidement enracinée au sol, à la fois en position assise et debout, et plus important encore, de se donner la permission de bouger un peu avec son instrument au lieu de garder le corps immobile comme ses professeurs le lui ont enseigné.

Nous sommes toutes les deux surprises d'entendre comment s'élancent les sons des deux instruments à la fin de la séance et combien ils sont devenus chantants. Sarah se sent l'envie de danser comme elle avait vu Jacqueline Du Pré le faire.

Avant la troisième leçon, Sarah essaya de mettre en mots ce qu'elle avait appris pour elle-même au cours des sept mois écoulés depuis notre première rencontre, à commencer par le fait qu'elle avait mieux pris conscience de combien sa jambe gauche se trouvait « décentrée », probablement à cause d'une fracture datant de son enfance. Elle avait exploré diverses possibilités de s'asseoir et diverses positions de jeu avec ses instruments, légèrement différentes de ses habitudes, et cela s'avéra utile :

« Je remarque que tout est plus relâché quand je joue. (J'étais très tendue avant). L'archet est bien plus fluide et je bouge avec mon violoncelle. Quand j'ai appris à jouer du violoncelle on m'a dit de ne pas bouger ... C'était une sorte de peur, qui a affecté mon épaule gauche. Mon épaule gauche était toujours très crispée ».

Sarah remarqua aussi que son jeu et les sons qu'elle produisait commencèrent à changer quand elle se donna la permission de bouger : Je suppose que c'est pour moitié de la prise de conscience

« Cela s'est amélioré à cent pour cent ! Je veux dire que j'ai besoin de travailler ma technique, mais ça c'est autre chose. C'est quelque chose de scientifique... J'ai soudain pris conscience de combien cette jambe était décentrée et combien j'étais tordue vers un côté. Vous savez, je transporte toujours mon violoncelle sur l'épaule gauche ; cet hiver, quand je faisais une chute à ski c'était toujours du même côté. Je pouvais sentir que mon corps réagissait complètement différemment d'un côté par rapport à l'autre. C'est encore le cas mais cela a commencé à changer. Ma prise de conscience de ce fait s'est nettement développée – c'est comme tomber à ski, jamais je n'aurais remarqué que je tombais toujours du même côté. Je suppose que c'est pour moitié de la prise de conscience. Je me rends compte, par exemple, que je ne devrais pas toujours porter mon violoncelle du côté gauche ; je devrais mieux l'équilibrer ; je devrais essayer de faire des choses qui semblent un peu étranges.

C'est vraiment une grande révélation quand c'est votre corps lui-même qui vous dit qu'il n'est pas aligné. Mes mains sont si détendues qu'elles sentent à peine que je joue maintenant. Elles ne subissent plus autant de pression car je me sens plus relâchée. La main gauche se sent capable de voler d'elle-même sans que j'aie autant besoin de penser à chaque note. Cette épaule, qui est habituellement crispée, est revenue à la normale et mon bras est très relâché et en position basse. C'est pour cela que mes doigts sont plus libres. Et la main de l'archet n'est plus si crispée au niveau du dos de la main. Tout devient comme une sorte de danse avec la musique ».

Sarah sent que l'anxiété qu'elle ressent parfois, en particulier quand elle se produit sur scène, remonte en grande partie à l'époque de l'école quand elle a commencé à apprendre à jouer de ses instruments :

«  J'ai toujours su que si je pensais à tout, cela ne marcherait pas. Et cela m'arrive encore parfois de me mettre dans un état où je joue bien plus mal que ce dont j'ai besoin.

Je me suis aussi rendue compte que si on vous enseigne mal quelque chose ou si vous l'apprenez dans un état d'anxiété ou de travers, – et c'est valable pour tout, depuis l'école vous savez – cela reste en vous, les traces restent présentes en vous. Quand je pense au violoncelle, j'ai appris certaines positions dans un état de stress ; je pensais qu'elles étaient très difficiles ; et donc elles ont toujours été difficiles même quand elles n'avaient pas à l'être. Si vous êtes inquiet à l'idée de vous exprimer, votre système nerveux s'en souvient ».

Au début de sa quatrième séance (presque dix mois après la première), Sarah me raconta qu'elle s'était sentie incroyablement libérée de ses habitudes conditionnées qui l'entravaient jusque-là, et elle continua :

« Le week-end dernier j'ai joué pendant quatre heures dans ma salle – toutes les sonates que je connaissais – et j'aurais pu continuer indéfiniment... Ce n'est qu'une fois que j'ai arrêté de jouer (pour manger quelque chose) que je me suis rendue compte que je n'avais eu mal nulle part. Je me sentais juste un peu fatiguée, mais c'était un sentiment agréable. En fait je n'ai pas eu mal à l'épaule depuis plusieurs semaines. Je pense que quelque chose a changé dans mes jambes aussi. Je n'ai plus mal au genou, mais il y a encore un peu de travail à ce niveau parce que maintenant je sens un peu de tension dans le dessus du pied ».

Moshe Feldenkrais avait coutume de dire que nous avons besoin d'apprendre à laisser tomber « toutes ces sornettes et ces bêtises que les gens nous ont inculquées avec la meilleure des intentions ». C'est exactement ce que fait Sarah, principalement en se donnant le droit de s'amuser, de faire des erreurs, et de laisser son corps devenir son premier instrument. Elle commence à se rendre compte de plus en plus clairement que ce n'est qu'à ce moment que la musique pourra venir de l'intérieur, être profondément authentique, et faire danser toute chose : elle-même, son instrument (comme une extension de son propre corps), et les auditeurs.

 

L’unité corps-esprit dans la pratique musicale III - Tribulations d'un jeune musicien, par Stephen Penny

J'ai 17 ans, je suis étudiant et je joue du violon depuis 1983. Jusqu'en 1989 tous mes cours de violon ont été dispensés par la municipalité. Ces cours étaient aménagés pendant les heures d'école et j'ai toujours eu des professeurs qui exerçaient dans plusieurs établissements. Cela ne pose aucun problème au cours de l'école primaire, puisque cela n'empiète pas trop sur les autres matières, mais au collège, une fois les cours de GCSE

commencés, cela devient problématique. On se retrouve souvent avec un cours de violon d'une dizaine de minutes donné le temps d'une récréation, afin de minimiser le dérangement des cours principaux. Cela crée une pression sur l'élève et sur le professeur qui essaient tous deux de produire un niveau de réussite acceptable. De nombreux problèmes techniques, qui pourraient être résolus s'ils disposaient davantage de temps, doivent être mis de côté .

Mais beaucoup de professeurs ne comprennent pas où est le problème. Les remarques telles que « Tiens-toi droit », « Jambes droites », « Tiens l'instrument plus haut », « Appuie plus fermement avec les doigts », « Utilise plus de vibrato pour produire plus de son » ou encore « Joue comme moi » créent d'autant plus de tensions chez l'élève. Cela limite sa capacité à jouer de manière confortable et, plus tard, peut mener à une blessure.

En 1989, j'ai commencé à prendre des cours privés à cause des horaires scolaires trop contraignants. Mon nouveau professeur de violon était un musicien talentueux et un bon violoniste. Cependant, il était autodidacte, ce qui pourrait laisser penser que sa technique était imparfaite. Il remarqua que j'étais très tendu quand je jouais et tentait de m'aider en ajustant la position de mes mains. Ce n'était pas franchement une réussite. Bien qu'il reconnaissait les restrictions d'une mauvaise position, il pensait avoir la position de jeu idéale, tout comme les autres. Mais elle ne l'était pas pour moi. Après tout, on est tous différents.

Ce même professeur m'enseigna également la guitare. J'appréciais beaucoup car je jouais de cet instrument pour le plaisir et ce contraste éveilla en moi plus d'enthousiasme que le violon. Le professeur était aussi un bon contact et j'étais bientôt impliqué dans un orchestre, ainsi qu'un ensemble dans lequel je jouais de la guitare basse et du violon. Je faisais aussi partie d'un groupe à l'école qui s'appelait « Early Music Concert » (EMC). Afin de rendre mon jeu authentique, il ne fallait pas abuser du vibrato et je tenais l'archet plus au milieu, ce qui l'allégeait. Cela laissait beaucoup de travail à ma main gauche parce que, comme le disais mon professeur, je jouais une partie importante, qu'il fallait pouvoir entendre par dessus les autres instruments.

Le problème...

Le EMC jouait dans un concours au Festival de Brighton qui se tenait dans une église. Comme la plupart des églises, celle-ci n'était pas bien chauffée. Au cours de la journée, mon poignet m'avait gêné, il me faisait mal et j'étais devenu nerveux en attendant le moment de jouer. Je venais juste de récupérer mon violon après d'importantes réparations et je n'avais pas eu le temps de m'y accoutumer. Malgré ces problèmes, nous remportâmes le concours.

Le lendemain, une douleur s'élança dans la main et l'avant bras lorsque je saisis une poignée de porte. Je ne pouvais pas être sûr qu'il y avait un lien avec la douleur de la veille, mais j'y songeais. J'en ai conclu que ce n'était qu'une petite entorse. Normalement, une telle entorse ne m’inquiéterait pas trop ; après une semaine de repos ça irait mieux. Mais là, je n'avais pas le temps. Je passais bientôt mon examen pratique et je devais jouer pour un concert. J'allais donc voir le médecin.

Il ne s'est pas du tout senti concerné. Il pensait que j'avais une légère inflammation des tendons du poignet gauche mais il disait que je devais continuer de jouer. Le concert s'est bien déroulé, bien que ce fut douloureux. En fait, ce fut la dernière fois que je pus jouer un concert en entier.

Alors que la douleur empirait, je retournai à la clinique pour consulter un autre médecin Elle pensait que j'avais une tendinite légère (tenosynovite) et me prescrit des anti-douleurs pour m'aider à passer mon examen. Elle me conseilla également un physiothérapeute.

L'examen de musique fut douloureux. L'interprétation devait être enregistrée et envoyée au jury pour être examinée. Malencontreusement, la machine enregistrait mal et j'ai dû interpréter le morceau quatre fois, mon poignet devenant de plus en plus douloureux.

Je commençai les séances de physiothérapie prescrites par le médecin. Le physiothérapeute était étonné qu'on ne m'ait pas dit d'arrêter de jouer car tout ce qui renforce la douleur ne fait qu'empirer le problème. Je fis des séances d'ultrasons, trois fois par semaine pendant près de deux mois. Malheureusement, le thérapeute n'était pas musicien et ne pouvait m'aider à corriger la source du problème. Il pouvait seulement m'aider à stopper la douleur elle-même. Il remarqua tout de même que mon épaule était un peu douloureuse... ce que je n'avais pas remarqué jusqu'alors. Il pensait que cette douleur venait d'un nerf coincé ce qui pouvait être à l'origine de la douleur au poignet. Il entama une thérapie physique au niveau de mon cou qui me semblait assez agressive. Ce n'était pas le traitement dont j'avais besoin. A ce moment, mon poignet grinçait fortement lorsque je le bougeais et il a été admis que j'avais une tendinite qui serait longue à soigner.

Je me suis inscrit dans un lycée indépendant pour passer mon baccalauréat, en me disant que ce serait bénéfique pour mes études musicales. J'ai alors eu un nouveau professeur de violon qui s'est tout de suite rendu compte que la source de mon problème résidait dans ma technique ; je forçais sur mon poignet, l'éloignant du corps; mes doigts se cramponnaient au manche et je forçais sur le violon avec mon épaule, le faisant rentrer dans mon menton. Le changement n'est jamais facile, et on s'est vite rendu compte qu'il faudrait changer plus que ma technique. Il fallait que je me détende. Je tentais de jouer malgré la douleur ce qui donnait de bons résultats mais la blessure s'aggravait en continuant de jouer avec une mauvaise technique. Mon poignet devint très douloureux et je suivis d'autres séances d'ultrasons avec un autre physiothérapeute. Cette fois, je ne m'arrêtais pas de jouer et la douleur et l'engourdissement empirèrent au point où je ne pouvais plus jouer. Après quelques séances, j'abandonnai la physiothérapie.

J'ai quitté le lycée indépendant en même temps, et me suis réinscrit au lycée du coin dans lequel le personnel pris mes problèmes en compte et qui me soutient depuis. Le cours de musique à prédominance théorique me faisait ressentir moins de pression au niveau de ma pratique, ce qui était avantageux.

J'essayai deux sortes d'anti-inflammatoires prescrits par le médecin. L'un soulageait un peu la douleur mais avait de désagréables effets secondaires, le second ne paraissait avoir aucun effet.

Le professeur du lycée indépendant comprenait mes soucis et je continuai donc à prendre des cours avec lui. Pour lui c'étaient mon épaule et poignet qui, tendus, obstruaient ma pratique de manière considérable. Mais c'était très difficile pour moi de me détendre, d'autant plus que je jouais ainsi depuis sept ans. Nous étions persuadés qu'en relâchant mon épaule lorsque je jouais, la douleur dans mon poignet cesserait. Cette douleur était apparemment liée aux douleurs moins accrues de mon épaule et bras. Nous décidions de consulter un spécialiste. C'était un rhumatologue privé à Bristol. Évidemment il ne se souciait pas de savoir si je pourrais jouer à nouveau du violon. Il fit une remarque que j'avais souvent entendu en essayant de me faire soigner : « si vous étiez sportif on vous soignerait comme ça... ». Comme les médecins, son avis était que ce n'était pas un problème sérieux, malgré le fait que j'allais peut être devoir arrêter de jouer. Comme j'étais étudiant, il n'y avait pas la même nécessité que si j'avais été musicien professionnel de se débarrasser du problème. Lui aussi était sûr que j'étais atteint d'une sorte de tenosynovite au poignet gauche. Cependant il disait que mon épaule n'y avait rien à voir, contredisant mon premier physiothérapeute, me rendant d'autant plus confus. Le gel que j'appliquais à sa demande ne soulagea pas la douleur. Il me proposa deux options : 1/ une injection de cortisone au poignet accompagnée d'un plâtre au bras six semaines durant 2/ une rencontre avec un autre spécialiste à Londres.

À la nouvelle année je me rendis au Guys Hospital à Londres pour consulter le spécialiste de danse recommandé par le rhumatologue de Bristol. Lui aussi déclara une tendinite et parlait de la blessure comme une Blessure d'Entorse à Répétition. Pour lui il fallait que je porte une atèle jour et nuit pour m'empêcher complètement d'utiliser ma main gauche.

Très vite l'atèle m'entailla le bras, ce qui était désagréable. Elle me causait également des contusions. Mon épaule devint vite beaucoup plus douloureux. De surcroît mon bras devint très engourdi et même sans atèle mes mouvements étaient limités. Le spécialiste n'avait pas d'autres idées et j'étais très frustré... Mon médecin commença à soumettre l'idée de changer d'instrument. Mais je ne voulais pas arrêter ; malgré la douleur et les longues périodes d'arrêt, mon niveau s'était amélioré, alors qu'est ce que ça pourrait être si je parvenais à me débarrasser de ces douleurs au poignet! Entre le poignet engourdi et l'atèle engourdissant je n'arrivais plus à jouer.

Un moyen de m’en sortir...

C'est à ce moment là qu'on se souvint d'une coupure de presse que ma grand-mère m'avait envoyé. Mon médecin ne connaissait pas le Dr Ian James ni la Performing Arts Clinic(Clinique des Arts du Spectacle) et se montrait prudent, mais pensait que cela valait le coup d'essayer. Prendre rendez-vous a été facile, et environ un mois plus tard nous nous rendions au Royal Free Hospital à Hampstead. Dans le cabinet il y avait cinq personnes : le Dr James, un autre médecin que je pense avoir été le Dr Wynn Parry, et trois autres. Apparemment ils avaient tous des connaissances musicales. Ce qui ressortait de la consultation était l'ambiance joviale et franche. J'avais le sentiment que ces personnes étaient là pour m'aider à jouer à nouveau, non pour me dire que c'était impossible. Je ne pensais pas non plus qu'ils me conseilleraient quoi que ce soit sans en être sûrs. Comme il n'y avait aucune trace d'inflammation ils m'ont dit que je n'avais pas de tendinite. Ils confirmèrent une blessure due à des entorses à répétition mais pensaient que l'atèle n'était pas la solution. Ils avaient mis en place un réseau de spécialistes capables de soigner des problèmes comme le mien et m'ont dit qu'ils trouveraient quelqu'un localisé près de chez moi qui saurait m'aider.

Le traitement qui m'a été conseillé est la Méthode Feldenkrais. C'est particulièrement adapté à des personnes ayant des problèmes comme le mien, car elle enseigne à bouger et agir en utilisant le minimum d'effort, en se servant du corps entier plutôt que seulement de l'épaule et du bras. Cela réduit la tension dans le bras et dans l'épaule et l'entorse ne se reproduit plus.

Ma première séance Feldenkrais fut très simple. Il me suffisait de m'assoir sur une chaise de manière confortable. Je m'assis, une jambe devant moi, l'autre enroulée sous le siège comme je me positionnais souvent. Ma professeur commença alors par soutenir et bouger très légèrement mes membres. Elle fournissait tout le travail, puisque le but de l'exercice était de sentir qu’il est possible d’arrêter tout travail musculaire inutile, ce qui montre au cerveau le minimum d'effort requis. Il fallut un peu de temps pour m'y habituer. Elle soulevait doucement ma jambe ou mon bras et à chaque fois que je contractais automatiquement un muscle, elle arrêtait et recommençait. Au bout d'une demi heure, alors que j'étais plus détendu elle arrêta et me demanda d'observer la manière dont j'étais assis. Mais pieds étaient plus plats sur le sol et les deux étaient devant moi, détendus, tout en étant positionnés de manière à me soutenir de façon plus ferme et équilibrée. Mes épaules étaient totalement détendues tout comme mes bras. C'était beaucoup plus confortable et de plus me montrait ce qu'est vraiment une position assise confortable.

Je sortis de la séance courbaturé, surtout au niveau du bas du dos et des jambes. Le lendemain les courbatures se sont considérablement estompées, tout comme la douleur dans mon poignet. Cet après midi là je pus jouer du violon pendant une vingtaine de minutes, l'épaule et le poignet complètement détendus. On n'est pas sûr de comment tout se relâcha aussi vite, mais j'imagine que le nerf coincé dans mon épaule se relâcha d'une manière ou d'une autre, soulageant mon poignet.

Lors d'une autre séance, je m'allongeai sur le dos, face au plafond. Mon dos était tendu et arqué; ce n'était pas confortable. Placer un tube sous mes genoux les soulevant légèrement était une façon de déjouer le désagrément : la cambrure s'amoindrissait. Ma professeur travailla avec moi et petit à petit mes muscles s'adaptèrent. Mon dos se relâchait quand je permettais à ma respiration de remplir confortablement mes poumons. J'étais alors allongé confortablement.

Une autre façon de mobiliser ma colonne vertébrale était de m'assoir confortablement, les pieds à plat sur le sol. J’étais invité à regarder le plafond en arquant le dos, laissant mes omoplates se rapprocher. Ensuite je regardais entre mes jambes, courbant le dos et écartant les omoplates. La première position était assez tendue et la seconde beaucoup plus détendue. L'important est de ne pas bouger trop loin ou trop vite, mais rester calme et détendu. C'est une méthode qui m'est très utile pour jouer du violon.

J'éprouve toujours des douleurs fréquentes, plus centrées sur l'épaule qu'avant, ma main me fait rarement mal. J'ai eu huit séances Feldenkrais et devrai travailler encore beaucoup pour pouvoir maîtriser la tension. Il semblerait que les possibilités de ce traitement pour la tension physique sont inépuisables, et pas seulement adaptés aux musiciens ou aux sportifs. Cependant, sans cette blessure je ne me serais jamais tourné vers cette méthode, ce qui doit être le cas de beaucoup de musiciens. En effet, beaucoup d'entre eux ne doivent même pas se rendre compte qu'ils risquent une blessure à cause de leur manière de jouer... Ce qui a été mon cas.

J'espère qu'il y aura plus de reconnaissance pour le travail des personnes comme Dr Wynn Parry et Dr James, car, comme j'ai pu le constater, faire soigner des blessures comme la mienne est très difficile. Les gens ne se rendent pas compte que la médecine n'est pas la réponse à de telles blessures. Encore une fois, cela a été mon cas.

Si j'avais pu découvrir la Méthode Feldenkrais plus tôt, j'aurais pu éviter beaucoup de dérangement à ma famille, à moi même et aux gens que j'ai déçus en étant souvent forcé d’arrêter de jouer. C'est dommage.

(Source de cet article: Feldenkrais Journal, U.K. autumn 1991. Traduction : Matilda Holloway)

L'unité corps-esprit dans la pratique musicale I - Après un accident incapacitant une pianiste professionnelle tombe sur la Méthode Feldenkrais. (Traduction: Blandine Wong)