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Intelligence du corps Soupless de l'esprit Pertinence de l' action

10 rue du Rocher, 15000 Aurillac France

Feldenkraisnow

Fin avril 1992, Ruthy est allée à Rome pour le lancement de son livre MINDFUL SPONTANEITY en italien. Avant de quitter l’Angleterre, elle a gentiment accepté de parler de son expérience d’enseignante Feldenkrais.

La première question que nous lui avons posée fut :

Qu’est-ce qui vous a amenée à Moshé Feldenkrais?

Oh, ce fut un coup de chance fantastique ! Je me demande souvent : « Qu’est-ce qui a fait que j’ai senti que ce travail était tellement précieux pour persévérer ? Je ne suis pas arrivée à la Méthode Feldenkrais avec un quelconque problème. Simplement, j’adorais le mouvement. J’étais institutrice auprès d’enfants de primaire dans un kibboutz qui offrait un grand choix culturel. Vous pouviez étudier n’importe quoi là-bas. J’ai pratiqué les mouvements de Noah Eshkol et je les ai trouvés très inspirants. Je ne savais pas vraiment pourquoi ils me plaisaient tant, mais à chaque fois que j’allais à ce cours, je ressentais une évolution nouvelle... C’est là aussi que j’ai entendu pour la première fois le nom de Moshé Feldenkrais, et quand je suis rentrée à Tel Aviv, j’ai commencé à assister à ses leçons...

Pendant les premières années, je ne lui ai jamais parlé directement. Peu de personnes le faisaient. C’était un grand groupe qui suivait une leçon enregistrée par magnétophone, avec Moshé qui était présent, et simplement j’adorais ça... Je ne pouvais expliquer à personne ce que je faisais, ce que j’y trouvais, et pourquoi je faisais ce long trajet en bus pour assister au cours chaque semaine. Mais quand je rentrais chez moi, je me rendais compte que j’étais plus patiente avec mon entourage. Je pense que je sentais dans ce travail de mouvement de la méditation.

À cette époque, Moshé faisait les choses de façon très symétrique... le côté gauche, le côté droit... avec le temps j’ai développé une façon d’explorer un côté dans un mode méditatif, en étant totalement immergée dans le mouvement, et quand nous faisions l’autre côté, j’essayais de garder ma mémoire alerte pour pouvoir me souvenir de ce que nous avions fait et le noter par écrit une fois rentrée. Mais même alors, je n’avais aucun indice, aucune idée que ce genre de travail pourrait être pour moi une profession. Je le faisais juste pour moi.

Moshé m’encourageait beaucoup. Parfois, il arrêtait l’enregistrement et faisait la démonstration de son idée avec quelqu’un. Vous ne pouviez jamais savoir s’il choisissait cette personne parce qu’elle était complètement perdue et ne comprenait pas le mouvement, ou parce qu’elle le faisait bien… il arrivait parfois qu’il me demande de faire le mouvement et il faisait un commentaire positif. Il disait par exemple : « Ruthy a l’oreille absolue dans les jambes » ou quelque chose comme ça...

JE VOULAIS PARTAGER MON ENTHOUSIASME

Finalement, quelques voisins m’ont demandé de partager avec eux ce que j’avais appris. Je leur suggérai d’aller chez Feldenkrais lui-même, mais ils ne voulaient pas consacrer du temps à ce long trajet… Alors nous avons poussé les meubles, ils se sont allongés,… et voici comment j’ai commencé à enseigner sans vraiment savoir ce que je faisais. Je copiais simplement les processus par lesquels j’étais passée dans les leçons avec Moshé. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle ceci venait après cela, ou de ce qui conduisait au résultat à la fin... Je voulais simplement partager mon enthousiasme. Je me mettais toujours moi-même au sol avant de donner une leçon et en général, je trouvais une façon de rendre un mouvement plus agréable, plus harmonieux et mieux coordonné, ce qui impliquait moins d’effort, et ce fut une très bonne période de découverte.

Puis un jour, je suis rentrée chez moi et j’ai lu un article sur l’université de Tel Aviv qui mettait en place un gros projet en lien avec le sport, avec de nombreuses activités différentes. Cela me donna l’idée d’enseigner là-bas et je leur ai écrit une lettre, j’ai eu un entretien puis j’ai été embauchée... Mais arrivée à ce point, il fallait que j’aille voir Moshé et que je lui demande si c’était OK avec lui… ce qui était la chose la plus difficile !

Il était célèbre en Israël parce qu’il était le professeur privé de Ben Gourion. Je n’avais aucun diplôme, aucun certificat, aucun papier.

Donc je suis allée le voir pour lui en parler. J’étais tout excitée !

Cela faisait longtemps que je travaillais avec lui à ce moment. Oui, j’avais eu huit années de développement sans aucune ambition d’en faire quelque chose, je disposais de temps pour y penser, et le corps pouvait l’absorber, et durant toutes ces années je n’ai jamais pensé que quelque chose de plus pourrait se développer pour moi à partir de là... j’adorais simplement voir le bien que cela faisait à mes élèves. Ma famille me disait souvent : « Tu as un métier tellement bien, à quoi bon poursuivre ce hobby ? »

IL SE CONTENTA DE DIRE « HA » ET JE NE SAVAIS PAS SI C’ÉTAIT BIEN OU MAL

Je suis allée voir Moshé en fin de journée. Le dernier groupe venait de se terminer – chaque cours durait 45 minutes et il avait trois groupes par jour, trois fois par semaine. Donc il était à peu près huit heures du soir et le hall était vide, tout le monde était parti, il était là tout seul et je ne l’avais jamais vu de ma vie en tête-à-tête auparavant. Il était en train de tirer son magnétophone vers la porte quand j’entrai par là... Nous nous sommes rencontrés au milieu de la pièce. Il a posé son matériel, et j’ai dû rassembler tout mon courage pour arriver à bafouiller : « Moshé, j’ai obtenu cette opportunité d’enseigner votre méthode au département sport de l’université de Tel Aviv... »

Il se contenta de dire « Ha… ! » – et je ne savais pas si c’était bien ou mal – mais tout de suite après il continua : « Mia m’a quitté... » Il avait été assez contrarié au moment où elle était partie au Japon avec son mari (Note de l’éditeur : Mia Segal a été la première assistante personnelle de Moshé Feldenkrais pendant plus de dix ans). Il dit : « Mia m’a quitté, et j’ai le projet de prendre un groupe de personnes et de leur enseigner mon travail individuel. Je pense que tu es quelqu’un d’approprié pour ça ». Donc je suis retournée chez moi et toute ma vie s’en est trouvée tracée...

Voici comment j’ai commencé à me former avec Moshé. Nous étions treize. J’en avais rencontré certains pendant les leçons, d’autres, je ne les avais jamais vus de ma vie. Ce qui a déterminé le nombre, c’est le nombre de chaises que l’on pouvait mettre autour de la table de travail de Moshé. Plus de gens voulaient venir, mais Moshé leur dit qu’il n’y avait pas la place.

La première chose que Moshé nous dit fut : « C’est très difficile pour moi de vous donner tous mes secrets... Vous allez apprendre le travail et vous allez partir de par le monde et gagner plein d’argent... et vous allez m’abandonner... et je serai vieux et malade... » Voilà ce qu’il a dit. D’une certaine façon, c’est ce qui s’est réellement passé. À son enterrement, tout le monde était ailleurs. Il n’y a que Bruria et moi qui étions là.

Il a été malade longtemps – pendant environ deux ans… Je pense qu’il avait un processus avec la mort. Il ne s’accrochait pas à la vie, pas du tout. Il était curieux de la mort. J’ai la conviction qu’il savait comment aller vers la mort et revenir, en jouant avec elle. Sa mort m’a rappelé un exercice d’arts martiaux où on tient un oiseau. À chaque fois que l’oiseau s’apprête à s’envoler et qu’il augmente la pression de ses pattes sur votre main, vous abaissez un petit peu la main et il ne peut jamais décoller. Je pense que c’est ce qu’il faisait avec la vie. Continuellement, il se retirait un petit peu puis revenait…

«Ce qui m’a amenée à Feldenkrais – un coup de chance fantastique ! » Entretien avec Ruthy Alon par Ilana Nevill (traduction B.Wong)

Cet entretien a été enregistré, transcrit et publié dans le FELDENKRAIS JOURNAL U.K. N° 4 (Automne 1992)

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Ruthy Alon and Carl Ginsburg lors de la formation à Santa Fe (1994-97)

J’AI ÉTÉ STUPÉFAITE, JE N’AVAIS AUCUNE IDÉE QU’IL TOUCHERAIT DES GENS AVEC SES MAINS

Donc, la première chose qu’il nous a dite était une prophétie, et puis… il a parlé d’argent. Ce qu’il disait était intéressant, parce que la formation était très très chère : « Si les gens ne peuvent pas subvenir à leurs besoins dans la vie, et si je ne viens que pour aider... » Je me souviens vraiment de son honnêteté...

Puis il a commencé à travailler avec une personne pour nous montrer son travail en individuel... Au début, j’ai été stupéfaite, je n’avais aucune idée qu’il toucherait des gens avec ses mains. Durant mes années d’expérience, je l’avais seulement entendu parler, et j’avais toujours pensé : « C’est très élégant… Vous n’imitez pas, vous passez vraiment seulement par le mental, par l’esprit, par la prise de conscience... ». Et là il touchait ! J’étais choquée et extrêmement contrariée...

Le premier mouvement qu’il nous a montré, c’est comment « tirer » une tête. Vous imaginez !... Pour lui, c’était si simple ! Il ne se rendait pas compte à l’époque que cela prendrait aux autres longtemps avant d’être suffisamment coordonné pour le faire. À un moment ou à un autre de chaque leçon, Moshé intégrait la tête, en rassemblant tout l’ensemble à travers le squelette, tantôt poussant et tantôt tirant. Il faisait des tractions magnifiques, de toutes sortes, avec la personne allongée sur le ventre, sur le dos, sur le côté...

Le lendemain matin, il me demanda : «  Qu’est-ce que tu as écrit ? » parce que le premier jour j’avais été tellement choquée par tout que j’avais immédiatement sorti mon cahier et commencé à écrire ce qu’il disait. Je commençai à reconstituer le pâle écho de ses mots, et il dit : « Ça ne sert à rien d’écrire ! »

À mon grand regret, je n’ai pas écouté son conseil et j’ai continué à prendre des notes. Je pense que j’ai beaucoup inhibé mon évolution.

Aujourd’hui, c’est merveilleux d’avoir mes notes, c’est un trésor ! Mais à l’époque, le fait de prendre des notes renforçait ma peur de ne pas saisir ce qu’il voulait nous faire comprendre.

Bref, il me dit : « Maintenant, montres-moi comment tu tires une tête. » J’étais assise là, complètement crispée, essayant de tirer la tête en force.

Nous avons étudié une heure par jour – six jours par semaine – 10 mois par an – pendant trois ans. Une heure, pour lui, représentait deux leçons. Il devait annuler deux séances individuelles dans son agenda.

Quand nous lui avons demandé : «  Est-ce qu’on pourrait concentrer l’apprentissage et le faire sur trois jours, pour ne pas avoir à faire le trajet jusqu’ici six jours par semaine ? » il s’est fâché tout rouge et a dit : « Ici ce n’est pas une université, vous n’apprenez pas pour passer des examens. Vous devez être capable de l’absorber ». Bon, la fois suivante où il a donné une formation, à San Francisco – c’était en 1975 – ils ont fait 10 semaines d’affilée, 5 heures par jour !...

TOUT ÉTAIT OUVERT POUR LUI, IL ÉTAIT TOUJOURS EN RECHERCHE

Donc nous étudiions, et je pense que beaucoup de choses étaient hors de ma portée au début. Mais je savais que c’était la chose la plus intéressante au monde, la plus valable. C’était une telle inspiration ! Ce n’était pas intellectuel. L’humanité de tout ce qu’il disait me touchait vraiment… puis ma vie personnelle m’a éloignée d’Israël et j’ai été absente la deuxième année. Moshé me dit : « Oh, je vais ouvrir un groupe chaque année ». Quand j’ai appris qu’il n’allait pas le faire, je l’ai appelé et j’ai demandé : « Si je reviens, est-ce que vous me prendrez ? » Il m’a dit : « Viens, on trouvera une solution... » Donc je suis retournée en Israël avec mes enfants et j’ai continué à étudier avec lui. À cette époque, j’ai commencé à donner de nombreux cours. J’ai enseigné à des policiers, à des personnes âgées, à des femmes au foyer...

Je voulais que ma fille fasse quelque chose, donc j’ai adapté les leçons pour les enfants. Parfois, à la fin d’un processus, j’utilisais de la musique et ils adoraient ça.

Moshé n’y voyait absolument aucune objection. Il était très tolérant, c’était un philosophe. Ça n’était pas dans sa nature de dicter une quelconque loi définitive. Il avait l’habitude de dire : « Je ne dis à personne quoi faire. Je veux voir ce que ma méthode peut faire à différentes personnes. » Il ne nous disait jamais quand commencer à travailler, quand ne pas commencer à travailler, quoi faire. C’était hors de question. Il explorait vraiment… tout était ouvert pour lui, il était toujours en recherche, toujours à donner aux gens l’occasion de voir ce qui se passe ici, ce qui se passe là, et qu’ils trouvent ensuite une façon pour eux-mêmes.

JE PRÉSENTE PARFOIS LE TRAVAIL COMME FAISANT PARTIE DE LA RÉVOLUTION YIN

Prise de conscience contre agression

Je présente parfois le travail comme faisant partie de la révolution Yin, prise de conscience contre agression, travail nourricier contre politique. Mais je ne sais pas si Moshé apprécierait qu’on présente son travail de cette manière. C’était toujours gratifiant pour lui quand les hommes appréciaient son travail, et il était très très fier du grand nombre de jeunes gens dans les formations. En fait, dans ses cours publics, il y avait toujours beaucoup d’hommes.

C’était vraiment un sujet important pour lui que sa méthode ne soit pas vue comme passive, facile, pour la détente... Il voulait vraiment qu’elle soit présentée comme une recherche en ce qui est la véritable dimension humaine, la façon dont l’apprentissage se produit dans le cerveau...

C’est un vrai défi pour moi de prendre un groupe de personnes et de les amener à affiner leur style, et faire leur propres découvertes pour qu’elles puissent rentrer chez elles avec les outils dont elles ont besoin et répéter la leçon. Quand j’avais un cabinet – maintenant je voyage trop pour cela, bien que, quand je suis à la maison, les gens viennent frapper à ma porte – toutes les personnes qui venaient pour des IF devaient aussi venir aux cours de groupe. Je ne voulais pas qu’elles développent une dépendance. Elles venaient d’abord en séances individuelles, et une fois qu’elles commençaient à comprendre le langage sensoriel de l’apprentissage, elles rejoignaient aussi un groupe et se rendaient compte que le travail de groupe était aussi un travail individuel.

En Israël, les groupes ont en général le même enseignant pendant toute l’année – une ou deux fois par semaine sauf pendant les vacances. C’est quelque chose de très sain, c’est ainsi que les gens apprennent en art... la sécurité que l’enseignant est là, même si vous ne venez pas, renforce l’apprentissage. En Amérique, c’est par week-ends, à chaque fois un stage différent. Je ne sais pas ce qui peut se développer à partir de ça. Je me demande si j’aurais développé la même implication si j’avais étudié le Feldenkrais dans des stages à droite à gauche...

J’adore la profondeur de la méthode. Elle traite de l’apprentissage humain, par un apprentissage organique. C’est tout à fait distinct du fait de corriger ou d’atteindre un objectif prédéterminé. Cela implique le processus d’éveiller la capacité du système nerveux à s’ajuster et à trouver des idées nouvelles.

Je me rends compte que certaines personnes qui viennent à mes cours ne s’intéressent pas à ça tout de suite. Ce qui les intéresse, c’est de réparer leurs corps en train de s’abîmer et au début, je veux aller à leur rencontre là où elles sont, et leur donner ce dont elles ont besoin. Je fais appel à de nombreux petits processus qui marchent à coup sûr et que je peux leur donner directement. Ensuite, après ça, elles se mettent à chercher et à s’intéresser davantage à la manière dont la méthode marche.

MINDFUL SPONTANEITY [SPONTANÉITÉ EN CONSCIENCE] : UNE SORTE DE PARADOXE

Ce qui m’a motivée à écrire mon livre est de partager quelques processus simples qui peuvent mettre les gens sur la voie de l’apprentissage organique et leur donner immédiatement la sensation qu’ils peuvent bouger différemment...

Ce qui m’intéresse, c’est que les gens sentent que le travail les implique, qu’il s’agit de la qualité de leur vie. Donc j’utilise de nombreux processus très concrets et très efficaces. Un exemple est celui du Rouleau Magique qui est si simple... mais en réalité, quand vous l’examinez, il comprend beaucoup de choses : notre réponse à la gravité qui est un thème de base pour le système nerveux ; l’ondulation rythmique qui est la façon primale de bouger – même avant l’apparition des jambes et des bras.

Lorsque nous abandonnons notre poids à la gravité, non seulement notre alignement, mais toute notre attitude change, et la réceptivité augmente ; l’alignement aussi… C’est très, très puissant et très facile à faire. Le mouvement d’ondulation rythmique intègre l’ensemble du corps. Tout, des orteils jusqu’à la tête, bouge de la même façon organique. Les gens sont ramenés à un stade d’évolution antérieur, à des états plus primitifs, qui sont toujours source de confort et propices à l’émergence de solutions inattendues. Cela veut dire aussi les amener vers une autre voie d’apprentissage : la façon dont nous apprenons dans la nature, comme le font les petits enfants, sans mots, en testant différentes options. Ça, c’est le génie de Feldenkrais !

Le titre initial de mon livre « La Grammaire de la spontanéité », qui n’a pas été accepté par l’éditeur, avait pour intention d’indiquer qu’il s’agit d’un processus très calculé, très structuré. Mais si on l’utilise avec sagesse, il vous procure le type d’apprentissage que vous avez eu bébé : une profusion de mouvements spontanés. Vous vous intéressez à la grammaire et vous arrivez à la spontanéité… c’est une sorte de paradoxe ! Comme l’éditeur n’a pas aimé la grammaire, j’ai choisi « Mindful Spontaneity » [Spontanéité en conscience]. (L’éditeur a suggéré « Libérez votre dos » pour une seconde édition car le titre d’origine a fait peur à beaucoup de libraires et d’acheteurs potentiels.)

Nous savons, bien sûr, que le dos est lié à tout le reste… Par exemple, dans les cours, je montre aux personnes ce qu’elles sentent dans leur dos quand elles se tiennent sur des genoux verrouillés, je les laisse poser les mains dans le dos et le sentir réellement. Je les laisse expérimenter que si les chevilles ne sont pas souples, les genoux ne vont pas se plier non plus et le bas du dos se fige dans l’immobilité... Aujourd’hui, il y a un besoin pour les gens de se rendre compte de ça.

Je me suis moi-même blessée au dos à l’époque où j’étudiais avec Moshé. J’étais très souple et je me suis blessée en sautant dans une piscine en arquant trop le dos. J’ai trop utilisé la souplesse là où j’étais souple. Avec la compréhension de la pensée Feldenkrais, j’ai réalisé que le travail n’est pas sur la souplesse, il est sur l’uniformité ou la distribution de la souplesse. À moins d’ouvrir la possibilité de mouvement et de mobilité dans la cage thoracique, vous allez devenir plus souple là où vous êtes déjà souple et de plus en plus rigide là où vous êtes rigide. C’est un problème majeur chez les gens...

J’ai collecté de nombreux processus et j’en ai inventé quelques-uns moi-même, pour traiter de la question d’ouvrir la possibilité de mouvement là où il ne se fait pas et de l’intégrer en harmonie avec tout le reste. Mes processus sont un hommage à Feldenkrais parce qu’il m’a appris à penser. Tant que ces mouvements prennent en considération l’ensemble du corps – dans une variété d’options – il s’agit d’éducation et non de correction. Alors je sens que je suis en accord avec la pensée de Feldenkrais…

LA BEAUTÉ DE LA MÉTHODE FELDENKRAIS : LE RÉSULTAT VIENT DE L’INTÉRIEUR

Dans mon enseignement, je ne traite pas des émotions directement, mais j’utilise les émotions pour accentuer la perception de l’auto-organisation. Quand les gens se remettent debout après un processus, je trouve parfois qu’il est très précieux de les amener à observer leur attitude envers différentes choses, pour qu’ils puissent voir qu’ils ont changé, et qu’ils puissent inclure dans leur répertoire la personne qu’ils sont en cet instant. La beauté de la Méthode Feldenkrais est que le résultat vient de l’intérieur. C’est toujours une surprise ! Vous ne pouvez pas le déterminer, vous ne pouvez pas le calculer, vous ne pouvez pas le manipuler. Votre système nerveux, votre subconscient décide, et le résultat est si net qu’on peut l’utiliser comme un critère ou un jalon...

Je laisse les gens marcher et je leur suggère : « Maintenant, imaginez une personne dans votre vie qui marche à côté de vous. Qu’arrive-t-il à votre démarche ? À ce moment, ils peuvent sentir s’ils commencent à rétrécir, s’ils retiennent leur respiration ou s’ils font quelque chose... Ensuite je les laisse penser à quelqu’un d’autre et je les amène à sentir comment cette présence influence leur démarche. C’est ainsi qu’ils peuvent sentir leur réponse à différentes personnes. Ensuite je pourrais dire : « Et maintenant, choisissez une personne qui, d’après vous, vous soutient – qui vous permet vraiment d’être qui vous êtes en cet instant... »

Il est très révélateur de travailler sur ce genre de variations, d’explorer les émotions au travers de cet aspect, la façon de se mouvoir – dans une situation où les gens peuvent gagner en clarté mais sans être exposés, sans être vulnérables...

Après la leçon, les gens peuvent utiliser l’endroit plus idéal où ils se trouvent pour envisager leurs options pour se débrouiller dans leur vie. Je dis par exemple aux gens : « Imaginez qu’avec le langage corporel dans lequel vous êtes maintenant immergé, vous rencontrez une situation où vous avez besoin de résoudre quelque chose... Quel est le script, qu’est-ce qui se passe ? » Parfois, s’ils le veulent, ils partagent des choses surprenantes.

LE FELDENKRAIS VOUS PRÉPARE POUR VOTRE QUÊTE INDIVIDUELLE

Ce qui est intéressant avec la spiritualité, c’est que ça ne peut être qu’individuel – et c’est une distinction par rapport à la religion ou à n’importe quelle doctrine établie que vous empruntez à quelqu’un d’autre. Vous ne pouvez accéder à la spiritualité que par votre choix individuel, votre quête et votre recherche individuelles. Et le Feldenkrais vous y prépare, parce qu’il cultive votre individualité. Quand vous faites un processus, il fait appel à vos facultés individuelles de jugement. Ce n’est pas l’intellect, qui peut être manipulé, qui détermine la nouvelle façon de coordonner le mouvement, mais plutôt votre subconscient authentique. Dans ce processus, vous gagnez réellement votre indépendance !

Je pense que nous avons tous une très grande chance d’accéder à la spiritualité parce que nous apprenons à écouter intérieurement notre moi unique, en laissant notre organisme parler et entrer en contact direct avec l’intention de la création.

JE PENSE QU’IL EST TEMPS DE FAIRE LE MÉNAGE

Au sujet de certaines tendances dans la communauté Feldenkrais d’asséner maintain qu’il n’y a qu’une seule façon juste de transmettre l’héritage :

Eh bien… c’est l’histoire de l’humanité ! Pour toutes les grandes révélations dans le monde, il y a toujours eu des gens qui en étaient tellement enchantés qu’ils ne faisaient pas confiance aux autres pour les comprendre aussi bien qu’eux… Qui pensent qu’ils ont besoin de transmettre l’enseignement d’une façon special , ce qui signifie qu’ils ne font pas confiance aux autres. Alors ils institutionnalisent le savoir, et le tuent !

Je suis très triste de dire que je vois que cela se produit aussi dans la Méthode Feldenkrais… Mais peut-être qu’aujourd’hui nous avons mûri et que nous pouvons nous éloigner de cette exclusivité anxieuse et infantile pour mieux nous accorder avec ce que nous enseignons, en permettant réellement une plus grande variété et une évolution comme nous l’avions envisagé.

De temps en temps, nous entendons toute sorte de choses honteuses qui ne sont pas du tout dans l’esprit de la méthode, et qui feraient bondir Moshé s’il était encore vivant. Il est temps que nous commencions à faire le ménage et que nous nous comportions en accord avec ce que nous enseignons.

Je viens d’enseigner dans une post-formation pour les étudiants de Mia en Suisse et j’ai été vraiment impressionnée par le genre de personnes que j’ai rencontrées, par leur culture de l’étude, par la façon dont elles se soutenaient les unes les autres, comment elles apprenaient à chaque instant, par leur niveau de compétence et de compréhension, leur confiance tout en modestie… Pourquoi devrions-nous exclure de telles personnes de notre profession ? Je pense qu’il est très sain d’avoir plusieurs formats de formation et de laisser la vie décider de ce qui est le mieux – après avoir expérimenté de telles alternatives.

Bien sûr, tout le monde n’est pas capable d’organiser une formation ! C’est pourquoi nous avons un comité dont le rôle est d’examiner très attentivement toutes les suggestions, toutes les applications. Mais s’ils ont à prendre la décision d’un format unique, ce n’est pas une décision, c’est comme un parti communiste qui voterait pour une liste unique… C’est pourquoi je voudrais vraiment consacrer de l’énergie à nous guérir de cette compétition et de cette séparation ! J’ai vraiment des objections contre certaines des choses que font certaines personnes au nom de la Guilde à laquelle j’appartiens !

J’espère en particulier qu’en Europe, qui est elle-même l’intégration de très nombreuses variétés différentes, nous nous souviendrons que nous utilisons la différence pour nous développer, et que nous pouvons être matures. Le travail que nous faisons est plus grand que nous, et personne ne peut prétendre au monopole du Feldenkrais, et certainement pas par des moyens bureaucratiques !